- Royal-ornythorinque: jeudi : super journée !
- Royal-ornythorinque: 2 janvier : reprise du stage
- ElS-: ...
- ElS-: Est ce que ?
poésie alcool poèmes filles dépression sexe nuit soirée
Une caméra professionnelle, un ordinateur portable Macintosh, une minette
(il vient d’apprendre le mot) de quoi se jeter enfin dans le monde,
un équipement crédible pour cacher sa nudité, de quoi troquer sa serviette
Vaniteuse, une sorte de passe-partout social.
Engoncé entre une pile de vêtements et une pile de draps, il fait
Cette liste, cela le soulage de nommer les obstacles, c’est comme
Les franchir un peu.
Tout dépend de quelques objets désormais, c’est une affaire de choix et d’argent, il a
Déjà préparé sa carte de presse et un carnet plein de sujets de reportages. Il est prêt.
Même sa voix a changé, il sait prendre l’apparence de tous les milieux et peut mentir
Des jours durant, se cacher, jouer l’espion. Il est prêt rien ne manque que le matériel
Et aussi, il est vrai, la technique de la balance des blancs.
Mais devant sa liste, il doute soudain. Il sent le poids du vide sous ses quelques
Lignes, confusément il sait que ça ne suffira pas. Alors appliqué il rajoute, à la suite,
« - me raser les cheveux
- nettoyer l’appartement
- ouvrir une assurance-vie
- faire la paix avec mon père »
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Bosses et baleines c’est près d’être // Bosses et baleines c’est près d’être la même chose
Au creux d’une vague il y a une bosse, c’est la baleine, c’est la vague bosselée
Peau profonde, baleine confiante, univers qui ne connaît pas le métal, baleine à cheveux longs
Pagaie d’algues et de coquilles froides, pagaie douce, l’océan aussi est une lumière, une
Distance immédiate, baleine qui ne connaît pas la jalousie, baleine tu ne regrettes
Rien // des courants sud au noir absolu tu sais des choses concrètes, pas des proverbes des
preuves de vie, baleine à cheveux blancs. Emmitouflée d’hectolitres tu gardes près des
nageoires un vieil alcool de requin tes yeux sont cernés d’huîtres et remplis de limon, après
sept tours du monde baleine rousse, la salive te manque, les sables sont moins dorés, les perles
Moins rares, les étoiles s’étiolent, encore les tortues centenaires, encore Gibraltar, encore
La lave qui se tord, baleine tes cheveux tombent, tes rêves s’écaillent, baleine toute puissante
Divine voilà l’ennui !
Isolé du reste, frappé d’un dessert comique, presque réglo
Pas forcément dernier rire, serviette de boucles bleues tressée
D’un commun accord.
Main mise au degré zéro de tes jambes, pantalon brûlé comme une
Crème bouche cousue d’un doigt traversé jus placide sans pépin
Pour l’instant.
Ortie fraîche frottée sur la peau d’un regard, sourcil blond flottant
Dans l’air, roses épines feuilles pétales [déconstruction de tes lèvres] patois
De ta gorge ouverte d’où s’échappe des signes comme des briques
Brûlantes.
Iliade toastée du fer à repasser de tes fesses, sieste brune à l’ombre d’un orgasme
D’un cri, d’un coup formidable chute intérieure parfois tomber de sa hauteur c’est chuter
De plusieurs mètres.
Cierge de peau soumise, bénitier de muqueuses, visions colorées courbes
Ascension renouvelée. Si j’entre en toi, église éphémère, c’est pour prier
Ma propre image ; ces colonnes distendues, ces atmosphères froides confrontées
À la flamme qui dure, ces livres qui veulent me dire ce que mes mains ont déjà
Saisi tout m’incite à assombrir mon icône.
Chaque coup de fouet, chaque suaire qui tombe, chaque stigmate me le confirme
Ton chemin de croix est un délice pour celui qui te croise.
Morsures, vagues de morsures, opéra
Dont les gestes cherchent le refuge, chaise pliante
Carcasse enroulée dans le tapis de tes cheveux blonds.
Une mémoire qui rembobine, une douleur qui sème
De petits cailloux blancs, des miettes d’évènements
Transpirants. Poursuivre un masque étendu nu, plâtrer vivante
Sa libido comme un café froid, pleurnicher en apercevant
La caresse urbaine d’une joue, d’un sourcil. Se branler
Frénétiquement pour agiter l’espoir et vider sa tête
Comme une piscine bordée d’arbres trop grands, de branches
Intenses, d’un soleil prêt à tout. Enfiler un maillot sombre
Faire quelques pas à reculons, sourire enfin en imaginant
La tête du père lorsqu’il verra ce corps passé
Sous un poids lourd.
Il avait espéré qu’avec le temps son image perdrait
De sa netteté absurde comme au premier jour pourtant il avait
La peau chaude et les cuisses lasses les membres douloureux à force
D’être solitaires. Son ventre pesait de tout son poids, les pores de son dos
Lui soufflait au visage la vapeur des étreintes. Des scènes dont la réalité dépassait
Le soutenable, il n’y avait pas cru d’abord mais il voyait désormais
Clairement que ses souvenirs étaient plus précis que la vie, le sexe y était meilleur
L’absence faisait naître des sentiments qui n’avaient jamais existé, des monstres
Il avait tellement bien empaillé son désir que quelque chose avait grandi
Et appris à marcher seul. Une pensée autonome qui criait un nom avec une violence
Jamais vue.
Ils avaient fait l’amour tellement, chaque corps était le négatif de l’autre
La fièvre déserte avait laissé les cornées brillantes, les lèvres sèches, les muqueuses
Extensibles. Leur peau avait réagi différemment à l’effort.
Il avait connu autre chose depuis et elle
Aussi avait goûté une tierce viande, mais jamais ils n’auraient cru
Pouvoir se serrer sans s’étreindre.
L’humanité, c’est aussi ça alors ? des morceaux de gestes, des morceaux
De mots des baisers qui s’étirent et des mains assagies ? Mais alors que faire
D’une érection spontanée
Il rêve de dire « désormais », de rempoter ses plantes, d’écouter la météo avec attention
Il pleure lorsqu’il prend l’ascenseur avec un couple il
A envie d’acheter des robes et regarde les prix des vacances en Tunisie
Il supporte mal de voir que ses chaussures neuves ne le restent pas tout
S’en va à ses yeux dans le même élan il se trouve depuis peu
Pathétique et rêve d’un charisme neuf comme d’autres d’une paire d’ailes.
Il observe chaque fille avec une assiduité meurtrière, louche sur les seins des plus jeunes
Comme la cuillère à glace regarde le sorbet vierge, il se prive de vin
Lorsqu’il n’en a plus le reste du temps il boit seul et beaucoup. Sa chambre
Est sale, lui qui n’aime pas la poussière, et son lit désespérément vide bien qu’il
Vomisse la solitude. Mais il assure si bien le contraire qu’on a fini
Par le croire. Il voudrait écrire mais ça ne sort pas les films pornographiques sont sa seule
Activité physique sur sa chaise une frêle auréole en témoigne il est souvent
Assis nu sur cette chaise.
Ses disques datent d’il y a presque dix ans, comme les vidéos de ses folies intergenres
Comme ses photos comme tout ce qu’il aime. À vingt-quatre ans il vit dans le passé
Ses expériences sexuelles étaient trop réussies, trop vite son écriture trop vite sa haine
Il a répandu son talent comme on brise une lampe à huile, par erreur, en découvrant le noir
Soudain.
- Oh là, vous avez l’air malade !
- Je crois que j’ai une gastro… (là je m’engouffre dans l’ascenseur et j’appuie sur le bouton de toutes mes forces) je m’excuse de dire ça, mais je me suis même fait dessus l’autre jour. J’en avais partout, c’est emmerdant, c’est le cas de le dire… (là, la porte se ferme, mais il appelle l’ascenseur d’un air habitué et je vois la porte qui se rouvre en grand), il a fallu que je lave mes affaires sous la douche… Vous savez, j’ai cru que j’allais péter et… Hier rebelote, je me suis réveillé, j’avais fait pendant la nuit… obligé de tout laver (nouveau coup de bouton du concierge, la porte fait l’aller-retour sous mes yeux). C’est que de l’eau, mais qu’est-ce que ça pue ! Pourtant c’est juste de l’eau, hein.
C’est vraiment chiant… je sais pas combien de temps ça va durer… On croit qu’on va péter, et on s’inonde. Désolé de vous dire ça avant le repas de midi… J’espère que c’est pas une vraie gastro, parce qu’une gastro j’en ai eue une et ça avait duré quinze jours… J’avais perdu entre 10 et 15 kilos… Allez je vous laisse, bon appétit quand même hein !
La porte se referme enfin, trop tard. Je reste ébaubi de ce discours-fleuve qui charrie la merde comme une métaphore qui file toute seule. Pendant que l’ascenseur monte, j'ai soudain une question qui me hante. Il n’est pas sûr d’avoir une gastro… mais si c’est pas ça, alors mon Dieu qu’est-ce que c’est ?
Oser tendre le coude, ouvrir un bras, profiter de l’asphalte
D’un réveil qui ne s’est pas encore trouvé. Elle est là, débris tendre
Pièce à conviction d’une douleur peinte, allongée parmi les douilles
Parmi les coups de feu du passé dans ma nuit.
Ivoire et corde unique d’un piano dont
On ne joue plus, pièce
Étrangère à la langue récemment oubliée
SOUDAIN LA PORTE
Polichinelle bagarreuse qui met la pièce sans dessus dessous, mon cœur pour toi
Est trop étroit, la salive de tes tempes est déjà recueillie
Quelqu’un
Est passé avant moi.
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