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J'aurai ta peau

Prose d'ivrogne
Passé la trentaine, tu bois plus les mêmes choses, tu comprends ?
l'Ephémère tout-puissant

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Versatile & inconscient
pour désinfecter...

poésie alcool poèmes filles dépression sexe nuit soirée

Mardi (22/11/11)
l'Assentiment

Il était loin désormais il avait en quelque sorte
Réalisé Son rêve ou s'en était approché
Différent, loin et sauvage. Admirable
Comme un être béni par les latitudes
À force de fuir, on l'avait relâché
Et il avait découvert l'aigre-doux
D'une cavale sans personne à vos trousses.

Ce n'est pas la destination qui éloigne
C'est le tempérament, l'idée
Qu'on nourrit de soi-même
Une piste impraticable, inondée par l'incertitude
Et, parfois, lorsque la nuit s'allonge sur vous, par la boue du découragement.


Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 00:34 dans la rubrique "Inspiration".
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Vendredi (05/08/11)
La Source

Il n'avait pas dit un mot du trajet
Et une fois arrivé là-bas, après de nombreux virages
Il s'est trouvé / mal.

Son cœur est une grotte dont l’éboulis des épreuves a dissimulé l'entrée
Pourtant une source y affleure, dans l'obscurité et le roc
Et quand un filet d'eau parvient à s'échapper et s'écoule à travers le flanc
Il est si faible
Que le soleil l'offre immédiatement au ciel

C'est ce qui le sauve, et c'est ce qui le condamne
Il n'a pas conscience de ce qui passe en lui
Les cartes qu'il a reçues et ce qu'il a choisi d'en faire
Ce bagage de sable et de ciment qu'il ne pouvait
Plus trainer et qu'il a ingéré, cet homme est un vase
Façonné par une absence de gestes
Une membrane de silex sidérée de reproduire autour d'elle
Son vide intérieur

Il a payé toute sa vie pour ce que ses parents ont fait
De lui
Et depuis son arrivée en France, malgré cette maison qu'il a
Faite construire et ces deux femmes qu'il a épousées, malgré
Même ces deux vies qu'il a enfantées
Et apportées au monde
Il se noie, dans la pleine lumière du jour, au cœur d'une mer dont la violence est inouïe
Et qui n'existe sur aucune carte.


Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 23:40 dans la rubrique "Sur le Vif".
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Jeudi (28/07/11)
L'Eclipse

Il est sorti en profitant d'un instant d'inattention de sa part, une porte mal refermée, il a gagné l'Afrique
En songeant que personne n'oserait l'y suivre.
Quand il a réalisé qu'il avait raison, c'était trop tard. Des êtres proches, plus sympathiques que lui,
L'avaient remplacé. Ses amis n'y voyaient que du feu. Paris.
Lui avait entamé un dialogue avec le papier qui devait durer et dont seul un sentiment
Aurait pu le sortir.

Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 11:30 dans la rubrique "Inspiration".
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Mardi (19/07/11)
la Nouvelle Vie

Elle a couru comme une folle, clinique
Ambulante, dératée, tapant de plein fouet dans les eaux qui inondent la rue,
Mettant le pied dans la merde, glissant elle se rattrape ou s'effondre mais
Elle court de toute sa douleur ou plutôt
De toute sa peur
Elle-même inonde la rue qu'elle traverse de son tremblement, chair lourde
Traversée d'un spasme amoureux.
Elle ne court pas, elle poursuit sa crainte de le perdre et personne n'a jamais vu son image
Scier les immeubles, à cette vitesse et à cause des battements de son corps elle est méconnaissable
Sur son visage aucun espace ne survit, seule sa bouche émerge comme la corde d'un puits.
Sauter, sauter. Mourir par la fenêtre, elle y était prête soudain elle a senti que le trottoir
N'était qu'un départ pour le rejoindre. Que la mort la ralentirait. Son pull, son odeur,
Les gouttes sous ses bras, cet autre corps l'attire
Plus que le sien.  



Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 23:18 dans la rubrique "Inspiration".
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Dimanche (26/06/11)
Le compte inconnu

Elle grimace, elle enlace ses amies, les bras ouverts, levés devant des endroits lointains
Et touristiques. Ses collègues de la télé sont là aussi. Elle danse avec l'un d'entre eux. Un ancien amour
A été conservé, en noir et blanc.  Ça a l'air d'une fille bien. Elle est blonde, grande, mince. Son visage
Est gracieux sans être vraiment beau. D'après ses commentaires, elle semble avoir
Les mêmes problèmes que les autres filles de son âge. Elle a presque trente ans.
Elle s'appelle Charlotte. Elle navigue comme elle peut et parvient
À vivre à force de courage et d'amitié.
Elle fait l'amour sans doute, a ses règles et perd ses cheveux, le manque de sommeil creuse ses yeux
Et ses parents l'accueillent certains week-end. Mais en elle s'est immiscé une différence infime
Qui l'a prise en secret et a soudoyé son cœur. Surprise, elle a d'abord croisé ses doigts tous ensemble
Comme pour se rassembler et protéger la face interne de ses mains. Cela a continué. Et désormais,
Sur chaque photo, ses pupilles tremblent. Elle fixe un point lointain, de côté, tourne sa nuque pour ne pas
Voir l'accident. Ses épaules sont reliées par la douleur qu'elle aperçoit.

Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 10:35 dans la rubrique "Inspiration".
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Jeudi (19/05/11)
Le Rare

Le simple fait d'avoir aperçu
Un pied de caméra dépasser du sac de deux jeunes
Attablés au bar l'avait plongé dans le désarroi
Si tout le monde se mettait à peindre
À dessiner, si la photographie se répandait
Que chacun avait soudain un roman à publier
Comment vivrait-il ? Il cultivait en lui
Des images d'une beauté douloureuse et jalouse
Qui supportait mal l'adversité, la comparaison
Cette lumière crue qui traverse et qui brûle
Les peaux sensibles, mal-préparées.


Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 11:10 dans la rubrique "Inspiration".
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Dimanche (15/05/11)
L'apparente solidité de la pierre

L'immeuble était incomplet. Pas de manière évidente, plusieurs paravents en tissus s'agitaient
Dans la lumière, et masquaient l'absence des étages supérieurs. Ils étaient peints de trompe-l’œil.
La base de l'édifice était superbe, de pierres de taille et de métaux, la porte
Bien que monumentale, était de dimensions étranges. Elle obligeait les visiteurs
À de délicates contorsions pour entrer.

Dans les premiers étages, la réussite était évidente : des matériaux d'une incroyable facture, des lignes
Pures et originales, une volonté affichée de résister au temps. Les passants en étaient pour la plupart
Abusés.

Plus haut, les choses avaient évolué différemment. Un parti-pris risqué dans les découpes, la trop grande
Finesse des éléments et l'omniprésence du verre et de la résine avaient donné à l'ensemble un équilibre
Précaire. Une certaine beauté, mais surtout une grande fragilité s'en dégageaient.
Derrière les paravents enfin, c'était le vide total, ou presque. Plusieurs plaques de verres, livrées, n'avaient
Pas été déballées, la mousse et les fougères étaient nées, l'odeur du bois était omniprésente.
Surtout, un sentiment irrationnel se développait. Sans que les murs soient encore présents, on aurait dit que
Des tentatives de décoration intérieure avaient été faites. C'était absurde.

D'après les enfants qui venaient jouer ici, sur la plate-forme, l'arrêt des travaux datait de plus d'un an.
Pour une raison inconnue, le chantier avait été déserté.



Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 12:24 dans la rubrique "Inspiration".
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Samedi (23/04/11)
Carnon

Il marche sur la plage, il est quatre heures du matin le sel
Attaque le faux cuir de ses baskets, il s'est levé avant l'aurore
Pour la surprendre en attendant les dameuses se croisent
Leurs phares et leur moteur comme des monstres sortis des dunes
Parfois un malheureux qui a dormi là est écrasé dans son sommeil.

Des oiseaux, des mâles, aux ailes osseuses poussent des cris d'affuteur de couteaux
Les douches sont glacées et le sable sent la nuit, le froid, le secret,
Il marche sur la plage, il est quatre heures du matin, il a oublié pourquoi il voulait tant
Être ici. Il ne sait pas non plus où il pourrait aller. En enfonçant ses talons dans le sable
De plus en plus profondément, en poussant la matière sous la plante de ses pieds il tente
De retrouver le sens de la réalité. Gratter le sol avec ses ongles devrait le faire réagir
Mais rien désormais ne le fait plus bouger sincèrement. Il  chante à mi-voix, plisse les yeux
Disperse son envie d'en finir et marche sur la plage
Il est quatre heures du matin.



Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 15:06 dans la rubrique "Inspiration".
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Vendredi (11/03/11)
Second Lives

Peut-être que tu n'y arriveras pas, c'est loin j'en suis
Le premier conscient et d'où tu es peux-tu au moins m'entendre
Puis-je t'encourager
Comme une course de fond mais tu pédales dans ma chair pour toi
J'écarte les membranes et dilates les artères
Pour toi je fais de la place dans mon cœur ton ennemi
C'est le temps et la tendance de ton père à se détacher du monde
Il te faut un abri une case sombre à l'écart faite d'argent de baisers de lumière
Il te faut le béton qui endette et le bois peint qui attendrit
Des chaînes de coton bleu comme si ta vie en commençant
Faisait finir la mienne
Et malgré ça je t'attends et t'espère, comme un parasite aux dents qui taillent
Et régénèrent
Finalement avoir un enfant c'est être prêt à admettre
Que l'on a épuisé sa propre vie



Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 23:42 dans la rubrique "Inspiration".
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Jeudi (03/03/11)
le Diaphragme

C'est venu comme une évidence il croit
Davantage à l'image qu'à l'objet
La source de ses mots s'épuise ou peut-être faut-il
Creuser plus profond, se déplacer.
Migrer, c'est sa grande obsession, se terrer
Dans le ciel, se dissoudre dans la distance, en attendant
Il photographie comme on soutient le regard d'un autre
Plus fort, plus grand, photographie comme on laisse
Traîner un ouvrage de peinture, comme on épingle une carte postale
Sur un mur carrelé.
Il sent tout le poids de ce qu'on appelle le temps
Cela ne pèse pas davantage en réalité, c'est un volume
Qui se réduit et une affliction qu'il ne se connaissait pas
L'envahit chaque jour davantage, mais que peut la photographie contre le regard
En arrière.


Tranquillement projeté par Royal-ornythorinque, a 14:05 dans la rubrique "Inspiration".
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